L’entrepreneur, l’autruche et la relève


par
Collaborateur externe


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Par : PME INTER Notaires, Me Robert Williamson

Selon Industrie Canada (2012), plus de 87% des emplois au Québec sont créés par les petites et moyennes entreprises. L’avenir de ces emplois repose sur plusieurs facteurs, dont assurément le plan de relève mis en place par les têtes dirigeantes. Or, on sait qu’après le démarrage d’une entreprise, en assurer la relève opérationnelle constitue probablement le défi le plus important pour une majorité d’entrepreneurs. Ainsi, un pan complet de notre économie repose sur la capacité des entrepreneurs à planifier et à structurer la relève de leur entreprise.

Bon nombre d’entrepreneurs souhaiteraient évidemment vendre leur entreprise, soit à l’interne, soit à l’externe. Certains réussiront ce type de transfert, mais pour plusieurs dirigeants de PME québécoises, l’intégration d’une relève au sein de l’entreprise demeure l’une des avenues les plus réalistes. Avez-vous un plan de relève pour votre entreprise? L’avez-vous inclus dans votre convention entre actionnaires? Êtes-vous conscientisés à cet enjeu? La préoccupation se fait-elle sentir?

Développer une culture d’intégration

L’intégration de nouveaux associés qui deviendront actionnaires de l’entreprise se veut une démarche qui se prépare. Pour intégrer une jeune relève qui pourra assurer l’avenir et la pérennité de l’organisation, et ce, pour plusieurs décennies, il faut pouvoir développer une culture d’intégration, c’est-à-dire former les futurs actionnaires à penser comme les gestionnaires actuels, faire en sorte qu’ils adoptent les valeurs de l’entreprise qui l’ont menée au succès, bref, lui donner le temps de s’imprégner de la culture de gestion de l’entreprise. C’est ce qu’on appelle l’intégration de la relève de ceux qui vont éventuellement succéder aux propriétaires de l’entreprise comme cadres supérieurs et futurs actionnaires. L’intégration doit être l’objectif premier de l’entrepreneur qui cherche à établir la relève au sein de l’entreprise.

Mieux vaut tôt que jamais

Pour qu’une véritable relève d’entreprise voit le jour, il est primordial d’intégrer des personnalités fortes démontrant du leadership et de la vision. Trop souvent, les dirigeants attendent avant d’amorcer le processus d’identification, de recrutement et d’intégration, même s’ils en ressentent le besoin dans une certaine mesure. Certains dirigeants peuvent être désorganisés ou manquer de vision stratégique pour s’attarder à ce problème. D’autres ne sont pas conscients de l’importance d’avoir une structure d’accueil favorisant la relève ou même, n’ont pas à cœur la pérennité de leur entreprise. Parfois, il est tout simplement trop tard, notamment lorsque des problèmes de santé affligent les entrepreneurs en fin de carrière.

Il faut commencer plus tôt à cibler et éventuellement à embaucher ces perles rares qui donneront un second souffle à la direction de l’entreprise. Plusieurs années sont généralement nécessaires à l’intégration. Y réfléchir une ou deux années avant le changement de garde n’est habituellement pas suffisant pour préparer et amener cette relève à penser comme les propriétaires d’entreprise. Aussi, lorsque l’entreprise n’est pas équilibrée au niveau des groupes d’âge, l’impact de la transition peut être majeur sur la culture de l’entreprise, d’où l’importance de commencer tôt.

Plan de match

Dans le cadre de la planification de cette relève, il faut d’abord établir avec les actionnaires actuels quels seront les critères d’admissibilité au programme de relève. Les critères doivent être clairement établis au sein de l’état-major de l’entreprise afin d’avoir une vision claire de la stratégie de relève. Recruter les bons candidats à partir de profils bien définis, procéder aux évaluations et aux tests psychométriques appropriés, et finalement, intégrer les nouveaux arrivants.

Par exemple, une entreprise pourra statuer sur l’âge requis pour devenir actionnaire, ainsi que les qualités et le niveau de compétence recherchés, en plus de prévoir un nombre spécifique d’associés à recruter dans les cinq prochaines années et finalement, organiser la formation requise pour ces nouveaux gestionnaires. Dans certains cas, on devra planifier une certaine restructuration et même faire un ménage dans les secteurs les moins performants. S’assurer d’avoir les bonnes personnes aux bons endroits fait également partie de la solution en matière de relève.

Un investissement

L’intégration de la relève augmente la valeur d’une entreprise. Il faut d’abord et avant tout être sensibilisé aux avantages financiers d’une relève bien organisée. Tout part de la volonté de l’entrepreneur de mettre en place un programme d’intégration structuré. Peu importe l’industrie dans laquelle œuvre l’entreprise, les mêmes repères s’appliquent et les concepts restent les mêmes.

L’intégration permet de maximiser la valeur et le rendement de l’entreprise pendant qu’elle fonctionne à plein régime. Une relève qui s’intègre efficacement permet ainsi à l’entrepreneur de créer de la richesse et de la valeur afin de vendre et se retirer positivement. Aussi, la venue des nouveaux associés permet ultimement d’augmenter les chances de vendre avec succès. C’est souvent l’occasion de dégraisser l’entreprise et de faire preuve d’efficacité en présentant deux ou trois bonnes années financières.

Trop souvent, l’entrepreneur improvise ou est malheureusement contraint de vendre au pire moment pour cause d’âge, de maladie, de découragement ou autres conditions difficiles. Sans plan de relève, il sera difficile de vendre favorablement avant un horizon de deux ou trois ans.

Généralement, un plan de vente à l’interne a plus de chance de succès pour une PME, parce que les employés-clés qui ont été ciblés, voient la valeur de l’entreprise. La vente à des intérêts externes est souvent considérée en deuxième recours. Dans tous les cas, se préparer pour vendre à l’interne constitue également une préparation pour vendre à l’externe.

Ne jouez pas à l’autruche

Nous en avons parlé, plusieurs entrepreneurs ne sont pas conscients du défi qui les guette et ne consacrent pas le temps nécessaire à une saine planification de la relève. Souvent, la peur du changement, la peur de partager les revenus et l’information, la peur de voir les employés demander des augmentations, la peur d’ouvrir les livres et les comptes de dépenses ou encore, la peur de créer une chicane à l’interne, notamment avec ceux qui ne sont pas ciblés dans le plan de relève, constituent des facteurs qui engendrent un certain laxisme en la matière.

Cher entrepreneurs, ne jouez pas à l’autruche. Ne vous cachez pas la tête dans le sable et surtout, n’attendez pas d’être en difficulté avant d’ouvrir la porte à vos successeurs. Amorcez dès aujourd’hui l’exercice de planification et d’intégration d’une relève jeune et prometteuse pour l’entreprise que vous avez bâtie. N’hésitez pas à consulter votre notaire en droit des affaires pour vous guider et vous accompagner stratégiquement. La consultation vous permettra de faire le bilan, de mettre en place des mécanismes de veille stratégique pour repérer les entrepreneurs, de travailler sur la formation et sur les points faibles de l’entreprise pour la rendre alléchante aux yeux de futurs jeunes entrepreneurs.

Certains attendent le signal, surtout avec la nouvelle génération de talent prête à cogner à vos portes. Il peut s’avérer important de les informer des opportunités qui s’offrent à eux pour participer à l’actionnariat, en communiquant sur la base des critères objectifs et des attentes mesurables qui ont été établis par l’entreprise. Il faudra bien s’entourer.



 
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